| Michel
LeBrun-Franzaroli
le
voyage pittoresque en Limousin...La Cheirade et autres lieux environnants...
séquence photographique présentée dans la grange
de La Cheirade
      
«
Le voyage pittoresque en Limousin ... La Cheirade et autres lieux environnants
... »
C'est
parce qu'il y a de la peinture - œuvre de pittore [peintre] - dans
les musées des villes qu'il y a du pittoresque à la campagne
observait Régis Debray dans « Vie et mort de l'image ».
Muni de sa "carte
blanche" et ses cartes d'État Major, Michel Le Brun part visiter
"en pittoresque" le village de La Cheirade ; ce qu'il porte
en bandoulière c'est le prodige du visu de la dernière actualité,
l'objet du délit d'image.
A sa manière
il incarne cette figure d'un voyageur impénitent délogé
de ses valeurs habituelles, curieux de tout, le cœur frais, l'esprit
enquêteur, une sorte d'esthète universaliste de l'âge
des Lumières, comme le fut Arthur Young, qui parcourut pendant
la Révolution française le vieux continent, s'enticha d'un
Limousin qu'il traversa tout près d'ici. Il ne numérisait
pas, mais il croquait et les "clichés" d'Arthur Young
ont longtemps nourri les documents d'appel des offices de tourisme tant
ces paysages lui inspiraient passion et emphases.
Une part d'autofiction
entre donc dans le projet de Michel Le Brun : se faire voyageur, scrutateur,
explorateur - enregistrer le paysage et ses balisages, railler son défaut,
énumérer les bêtes et les autochtones, les véhicules,
s'étourdir devant l'amphithéâtre vert fluo, collecter
les natures mortes sauvages et les témoins des formes d'art involontaire.
Ce vaste répertoire est aussi parti-pris, prise à parti,
mise à l'index, décompte, car ce qu'il nous est donné
à voir autant que les géorgiques, c'est l'image, son statut
évolutif, son numéro d'article, l'éclat pétillant
de sa petite légende ironique. La tentation lui vient de s'aventurer
dans le roman-photo, car il se réclame à l'occasion de l'esthétique
des photos de communion et de mariage, il lui vient l'idée d'éprouver
les limites de l'exercice. Étrangement le photographe, artiste
en personne, né de son autofiction, et inspecteur, est régulièrement
pris à parti, interpellé, suspecté d'espionner par
le dernier échelon de la puissance publique. On le somme de circuler,
de fermer les yeux, on lui serine des interdits d'image. Du coup, et même
si cela ne se relie pas immédiatement au mobile champêtre,
car il circule dans ses ailleurs, ces péripéties sont aussi
celle du voyage pittoresque. Le jeu du chat et de la souris - car les
images interdites, volées, parfois résistent, se réinsèrent
dans la série à l'insu de l'aiguilleur mauvais coucheur
et délateur zélé - apparaît, au chapitre du
droit canonique de l'image, comme l'un des ingrédients savoureux
du périple.
Pour l'association
à pierre vue hantée par la question de la valeur ajoutée
(imaginale, lexicale) au génie et au légendaire du lieu,
cette contribution, somme toute magistrale, apporte des répertoires
inédits, un décalage surprenant dans une lumière
dégrisée. Pour peu, le voyage pittoresque serait un jeu
d'enfant, voir, tenir en joue, savoir que les sacro-saintes images des
terroirs et leur penailles disparaissent à la vitesse où
surgissent fleurons et agressions du monde nouveau multirotor.
Gérard
Laplace
La Cheirade/Châteauroux - juin 2005
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pittoresque
• 1719 ; à la pittoresque « à
la manière des peintres » 1658 ; it. pittoresco, de pittore
« peintre »
Qui est digne d'être peint, attire l'attention, charme ou amuse
par un aspect original. Qui dépeint bien, d'une manière
colorée, imagée, piquante. Caractère pittoresque,
expressif. • Contraire : Banal, incolore, plat.
Le Petit Robert
définit ainsi le mot ... aussi dans le même ouvrage observe-t-on
que seuls trois mots le sépare de « pitoyable » - Il
s'agit de « pitoyablement - adj. », « pitre - n. m.
» et « pitrerie - n. f. » ... J'en déduis qu'il
s'en fut d'un peu que mon Voyage pittoresque ... ne soit titré
: Le Voyage pitoyable, ou : Le Voyage pitoyablement pittoresque, ou bien
: Le Voyage d'un pitre pittoresque, ou encore : Les Pitreries d'un voyageur
pitoyable mais pittoresque ... Aussi le spectateur ne sera pas surpris
de retrouver dans mon récit / en forme de « bande-roman/dessinée-photo
» / quelques échos proches ou lointains de ces titres avortés
...
Depuis longtemps
je l'avais cette envie photographique-paysagère-limousine / même
si à l'origine elle était plus paysagère que pittoresque
... L'ami Gérard me l'écoutait raconter ... Cette année
il invita mon rêve à la réalité ... qu'il en
soit vivement remercié ainsi que l'association à pierre
vue ...
Les 140 clichés
qui sont accrochés dans la grange de Françoise Thiault /
qui voulut bien que Gérard Laplace la transforme en centre d'art
estival-improvisé - qu'elle en soit grandement remerciée
/ ont été réalisés au cours d'une résidence
sur place en pointillé ... Six incursions rapides d'une journée,
rarement plus / une seule dura deux jours / entre le 3 mars et le 29 juin
2005 ... « Chassez le pittoresque il revient au galop » ...
J'ai choisi de limiter mon territoire de "chasse" à La
Cheirade et aux hameaux ou bourgades atteignables après un court
trajet ... Ce territoire s'inscrit donc dans un rectangle d'environ 30
km de haut sur 20 km de large, borné au nord par La Souterraine
et au sud par Saint-Sulpice-Laurière et Saint-Goussaud ... à
l'est par Marsac et à l'ouest par les voies du chemin de fer Paris-Toulouse
et son célèbre Viaduc de Rocherolles / curiosité
touristique "recommandée" par les offices de tourisme
environnants et / si l'on en déchiffre les graffitis / par quelques
voyageurs interlopes ... 950 vues furent "tirées" sur
place / « Paradoxalement quand on aime, en numérique on ne
compte pas » / pour servir de matériaux à la présente
exposition ...
Mais il y eut
aussi le "pittoresque" du pittoresque ! ... Certains ne manqueront
pas d'être intrigué par ce « Rapport au camarade Staline
» ici exposé à leur sagacité ... Suivant un
adage connu, force est de constater que bien/trop souvent « la réalité
dépasse l'affliction » ... Un chasseur de pittoresque / enfin
digne de ce nom / doit s'enquérir des mœurs locales de son
gibier ; aussi se doit-il d'aller se renseigner là où elles
sont dûment répertoriées : les offices de tourisme
- qui mettent à la disposition du voyageur, même s'il est
parfois/souvent grincheux, des hôtesses, parfois/souvent fort aimables,
pour les guider dans leur Recherche du pittoresque espéré
... Aussi le jeudi 19 mai, en fin de matinée, me présentai-je
à celui de La Souterraine ... De la prestation des dames officiant
là je ne puis me plaindre : toutes mes demandes reçurent
leur lot de papier glacé dépliable ... Puis dans l'euphorie
relative dans laquelle nagerait n'importe quel humain dont les désirs
viennent d'être satisfaits, je me rendis sur les quais de la gare
toute proche ... Comme je commençais à prendre quelques
clichés / justement celui d'un passage en bois traversant les voies
avec ses obligatoires/nécessaires panneaux d'interdiction / un
quidam travaillant sur la voie se précipita sur moi pour m'apostropher
d'un péremptoire : « Interdit de photographier ! »
... Comme je protestais de mon métier, il m'informa qu'une récente
circulaire - je regrettais plus tard n'avoir pas demandé à
consulter le document - assimilait mes prises de vues à de «
l'espionnage industriel ! » - Les clichés sont dans l'exposition
; on jugera du "grave préjudice" qu'elles occasionneraient
si elles venaient à tomber entre des mains : ennemies de la SNCF
... Saint Kafka - Saint-Père-Ubu ... Au secours ! ... Ils sont
fous, plus encore que vous ! ... La fréquentation de la connerie
ayant la faculté d'exciter mon imagination, je me suis mis dans
la peau d'un espion qui / à l'instar de ce Japonais retrouvé
en 1972 sur l'île de Guam en plein milieu du Pacifique et qui, 27
ans après sa fin, ignorait que la guerre était terminée
/ ne croyant ni à la chute du Mur de Berlin ni à la mort
de Staline / désinformation occidentale / continuerait à
envoyer au Petit Père des Peuples ses rapports sur l'Occident capitaliste
pour que la Lutte continue ...
Michel LeBrun-Franzaroli - 11 juillet 2005
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